Gestion ALM : le cas des pays du Maghreb
Il est difficile d'appliquer les méthodes de gestion ALM sans nécessaire adaptation quand on s'intéresse au cas des pays du Maghreb. D'abord parce que le contexte économique, réglementaire et institutionnel n'est pas le même et parce que les bilans n'ont pas la même structure ni ne portent les mêmes produits de l'autre côté de la Méditerranée.
Le Maroc est un cas à part dans la mesure où c'est certainement le pays le plus avancé dans la région. Il dispose par exemple d'une réglementation sur le contrôle interne comparable au CRBF 97-02. La gestion de taux ALM y est évoquée dans les articles 26 et 27 ainsi que dans le chapitre 3.
L'article 26 stipule que " les dispositifs de mesure, de maîtrise et de surveillance des risques doivent permettre de s'assurer que les risques encourus par l'établissement , particulièrement les risques de crédit, de marché, de taux d'intérêt global, de liquidité et de règlement […] sont correctement évalués et maîtrisés ". Tout établissement financier qui a pignon sur rue doit donc disposer d'un système de mesure du risque de taux global.
Quant à l'article 27, il demande à ce qu'un système de limites soit mis en place avec une révision au moins annuelle des niveaux fournis. Le contrôle du respect des limites doit faire l'objet d'un reporting auprès de la direction. Le chapitre 3 détaille un certain nombre d'éléments que l'on retrouve également dans le CRBF 97-02. Il y est réaffirmé l'obligation pour les établissements de disposer d'un système de mesure du risque de taux ALM. A minima, l'établissement doit être capable de publier une impasse de taux sur son bilan. L'établissement doit également être en mesure d'identifier les différents facteurs de risque (risque de taux par devise, risque de base, etc.) et de mesurer leur impact potentiel sur les résultats et les fonds propres. Enfin, les hypothèses et paramètres permettant de mesurer le risque de taux doivent faire l'objet d'un réexamen périodique.
La Tunisie ou l'Algérie n'ont pas mis en place de telles réglementations. Du côté des instruments de couverture, le Maroc est également clairement en avance par rapport à ses voisins. Certaines banques comme la Banque Marocaine du Commerce Extérieur savent traiter des swaps de taux. Il existe une véritable courbe de taux avec un différentiel entre les taux courts et les taux longs de plus de 2,5%, de quoi faire rêver tous les banquiers de la zone Euro ! Au travers des bons du trésor, il existe un véritable marché de taux. La bourse de Casablanca a annoncé enfin son intention de mettre en place un marché à terme de taux intégrant dans un premier temps la création d'un contrat future puis dans un second temps la mise en place de produits innovants comme des dérivés et options. La mise en place de ce marché est suspendue malgré tout au vote d'une loi sur le marché à terme.
En Tunisie, il existe également un marché des bons du trésor assimilables (avec des maturités allant jusqu'à 12 ans) mais personne ne traite pour le moment de dérivés de taux. Il existe donc un embryon de courbe mais la pente reste très faible. Quant au marché algérien, il existe des bons du trésor 5 ans mais la situation est très proche de celle de la Tunisie (absence de courbe). Du côté des banques, les structures de bilan et les produits vendus ne sont pas les mêmes suivant les pays.
Les banques marocaines vendent des crédits à taux fixe et à taux variables tandis que les comptes à vue peuvent être rémunérés (comptes sur carnet qui fonctionnent comme un compte à vue mais rémunéré). Les banques tunisiennes vendent essentiellement des crédits à taux variables (sur index taux TMM) alors que les dépôts à vue sont très faiblement rémunérés (taux fixe). Elles se retrouvent donc en risque sur le taux monétaire... ce qui ne pose pas de gros problèmes tant que celui-ci reste très stable.
L'Algérie est dans la même situation, les crédits étant octroyés à taux variable. On se retrouve donc avec deux grandes structures de bilan : une structure de bilan de type Tunisie/Maroc avec un risque essentiellement sur le taux monétaire, risque aujourd'hui non matériel (le taux monétaire reste globalement relativement stable) mais qui peut demain devenir réel. La couverture de ce risque passe en Tunisie par l'achat de BTA financés au taux du marché monétaire (une mise en repo des titres achetés est une solution pour éviter le problème de liquidité). Même situation en Algérie. Quant au Maroc, les banques se trouvent avec des structures de Bilan relativement proche de celles des banques françaises. La couverture peut s'effectuer par des swaps de taux ou en cash par l'achat de bons du trésor.
Si les banques marocaines sont d'ores et déjà dans une situation très proche des banques européennes, le cas des banques tunisiennes et algériennes doit pas être passé sous silence. Leur sensibilité au taux monétaire constitue pour elles une forme de risque systémique dont il est important que les banques centrales prennent conscience mais dont il est tout aussi important que les banques tentent elles-mêmes une mesure (mesures de sensibilité, calcul de l'exposition). Quel que soit l'environnement, la gestion ALM devient donc une nécessité pour appréhender ses risques financiers.
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