Mesure du risque opérationnel
Avant de mesurer le risque, il est important de le définir, de le délimiter et de mettre en place des outils de collecte. La première étape consiste donc à établir une cartographie des risques. Cette cartographie doit s'appuyer sur une analyse des processus métiers (le découpage se fait non pas en fonction de l'organisation de la banque mais en fonction des services et produits offerts par l'établissement) en fonction d'une typologie standard des risques opérationnels (fraude, dommage aux actifs corporels, problèmes sociaux, etc). Pour chaque événement possible, on évalue donc le risque en terme de sévérité et de montant de perte.
Cette analyse des processus métiers doit être confiée aux opérationnels concernés. Une fois la cartographie effectuée, il est important de mettre en place une base incidents dans laquelle on recense les événements de perte au fur et à mesure de leur occurrence. C'est à partir de cet historique de pertes qu'il sera possible plus tard de quantifier le risque, de le distribuer et d'analyser les impacts de telle ou telle mesure prise. A ce stade, il est important de noter qu'il est toujours possible d'utiliser des données historiques provenant de bases externes.
Si la perte opérationnelle moyenne peut faire l'objet d'une provision et d'une comptabilisation au fil de l'eau, ce n'est pas le cas des événements exceptionnels (soit par leur sévérité soit par leur fréquence d'occurrence) qui doivent être pris en charge par le capital. A ce stade, trois méthodes peuvent être envisagées pour calculer les pertes :
1/ Les approches statistiques
l'approche la plus connue est la " Loss Distribution Approach " ou LDA. Elle s'appuie sur l'analyse des données historiques de pertes, qu'elles proviennent de l'établissement ou de sources externes. L'exercice se fait ici au niveau du croisement ligne métier (Banque commerciale, activités de marché, etc.) X type d'événement. Pour chaque point de cette matrice, on calcule deux distributions de probabilités de pertes : l'une représentant la fréquence des événements de pertes, l'autre la sévérité de ces mêmes pertes. Pour chacune de ces distributions de pertes, on cherche ensuite le modèle mathématique qui rend le mieux compte de la forme de la courbe. Le modèle est ensuite back-testé pour s'assurer de sa robustesse. Le capital est alors mesuré en combinant les deux approches (sévérité, fréquence) dans une VaR à 99%.
2/ Approche par scénarii
l'approche est identique à celle qui est utilisée pour d'autres natures de risque, comme les risques de marché ou le risque de liquidité.Tout en travaillant au niveau de la maille ligne métier X type d'événement, il s'agit d'interroger les opérationnels et d'obtenir de leur part une évaluation à dire d'expert des niveaux de perte. La construction des scénarii combine l'ensemble des facteurs de risque. L'intérêt de cette méthode est de pouvoir capter des événements singuliers dont les conséquences pourraient être graves pour l'établissement et qu'une approche statistique aurait du mal à envisager.
3/ L'approche Scorecard
Cette approche s'appuie sur des indicateurs de risque (ou KRI Key Risk Indicators) qui incorporent une vision a priori des risques opérationnels. Cette méthode consiste à établir pour chaque catégorie de risque une grille d'appréciation fondée à la fois sur des critères qualitatifs et sur des critères quantitatifs. Des questionnaires sont établis conjointement par les spécialistes du risque opérationnel et par les opérationnels. Une fois les questionnaires établis, une première évaluation du risque est faite a priori. Il s'agit d'une mesure à dire d'expert du capital nécessaire pour l'ensemble de l'établissement. Cette première évaluation est généralement sur-évaluée. Le capital est ensuite alloué à, chaque nature de risque. Pour cela, on distribue les questionnaires aux lignes métier qui les remplissent. Pour chaque ligne métier, il y a un questionnaire pour chaque catégorie de risque. Cela fait donc au final un grand nombre de données. Sur la base du dépouillement des questionnaires, on donne une note ou un score à chaque ligne métier pour chaque catégorie de risque. En répétant ce processus de manière régulière, on fait évoluer le capital alloué à chaque ligne métier et ainsi le capital global.
L'intérêt de cette méthode est qu'elle associe intimement les opérationnels à la gestion des risques opérationnels en les intéressant à la réduction des risques. Les banques qui optent pour l'approche AMA doivent calculer une VaR avec un intervalle de confiance de 99,9%. Outre le calcul de la VaR, la Banque devra effectuer une analyse de scénario qui fera intervenir des événements de grande gravité et qui mesurera les exigences de capital dans ce cas. A noter que le régulateur luxembourgeois dans le cadre d'un partenariat de recherche travaille sur la voie d'une méthode d'évaluation générique du risque opérationnel des établissements sous sa tutelle. Cette méthode est basée sur la norme ISO 15504 qui, conçue à l'origine pour le développement des logiciels, constitue un modèle de management des processus.
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