Une revue des rapports annuels de banques


Les rapports annuels des banques sont toujours une source considérable de renseignements. La livraison 2005 n'échappe pas à la règle. Nous avons donc entrepris l'analyse des rapports annuels des trois acteurs majeurs du marché bancaire français (BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale) et cela sous l'angle des risques et des traitements IFRS.

L'un des chapitres du rapport annuel de la Société Générale est consacré à la gestion des risques. Il traite des risques ALM et du risque opérationnel. Société Générale décrit le système de limites qu'elle utilise pour la gestion du risque de taux. La limite principale est une limite de sensibilité qui est définie comme la variation de valeur actuelle nette pour une translation de la courbe de 1%. La limite est exprimée en pourcentage des fonds propres (dans le cas de la Société Générale 2,5%) mais celle-ci est loin d'être atteinte (sensibilité inférieure à 1% des fonds propres). La mesure du risque de taux est faite sous la forme d'impasses de taux qui intègrent les comportements statistiques de la clientèle. Les positions optionnelles sont traduites en équivalent delta. Le stress test est la sensibilité de la valeur à une translation de la courbe de 1%. Sur la gestion du risque de change, la politique de la Société Générale consiste à immuniser la ratio de solvabilité par rapport aux variations de change. Pour cela, le groupe finance ses investissements dans la devise. Malgré tout, le rapport annuel reconnaît que la revalorisation de la position de change structurelle a un impact par le biais des écarts et des réserves de conversion. Quant au risque de liquidité, il est géré de manière centralisée. Des scenarii de crise sont effectués et des mesures de gaps sont effectués mais hormis quelques généralités on trouve peu de choses dans le rapport. Peu de choses sur le risque opérationnel hormis des éléments de gouvernance (consolidation et correspondants locaux), la profondeur de l'historique de pertes qui date de 2003 et enfin le choix pour une approche LLDA (Loss Distribution Approach). La gestion IFRS des macro-couvertures est expliquée dans le rapport annuel. La macro-couverture (qui prend la forme de swaps receveur taux fixe) est effectuée en juste valeur dans le cadre du Carve-out. Cela signifie qu'une parti des dépôts à vue est désignée comme élément couvert et de ce fait est valorisé en juste valeur, les variations de juste valeur passant en compte de résultat tandis que la même chose est effectuée du côté de la couverture. Des test d'efficacité sont effectués. BNP Paribas qui visiblement a adopté le même système précise dans son rapport annuel la nature de ces tests. Il y a tout d'abord un test prospectif qui consiste à s'assurer de la sous-couverture échéance par échéance et un test rétrospectif qui consiste à s'assurer que l'encours couvert est bien au-dessous du niveau de la couverture. Enfin, sur les PEL, la Société Générale précise les modalités de calcul de la provision mais sans en dire plus que ce que l'on trouve déjà dans le texte de projet d'avis du CNC qui date du 20 décembre 2005.

Côté BNP Paribas, les similitudes avec la Société Générale sont assez nombreuses en ce qui concerne la gestion du risque de taux ALM : mesure par le biais d'impasses, prise en compte de l'équivalent delta des options, conventions etc. BNP Paribas explique cependant qu'elle travaille sur la base d'impasses dynamiques. Le système de limites est différent de celui de la SG. BNP Paribas s'intéresse à la sensibilité des revenus à une variation progressive des taux nominaux, des taux réels et de l'inflation sur 5 ans. Les variations retenues sont définies à partir des historiques de volatilité et de corrélation des paramètres entre eux. Cette première limite est complétée par une deuxième limite en impasse sur la partie à plus de 5 ans. Cette limite est exprimée en pourcentage des ressources clientèle. Pour les risques de type optionnels, BNP Paribas rajoute un indicateur spécifique mais sans préciser de quoi il s'agit. Peu de choses sur le risque de change. Sur le risque de liquidité, on apprend que BNP Paribas réalise des plans d'urgence à la manière des Plan de Continuité d'Activité sur le terrain du risque de liquidité. Enfin, il existe tout un système de limites avec un ratio de transformation à 1 an. La limite est fixée ici à 25%. Autre limite à un an : on mesure la rapport entre le fonds de roulement auquel on ajoute les dépôts à vue nets et l'impasse à plus d'un an des encours échéancés contractuellement. Le plancher est fixé à 60%. Enfin, le hors bilan clientèle est pondéré dans les impasses de liquidité à 30% tandis que le hors bilan bancaire est pondéré à 100%.

Actualités

La prise en compte du risque de marché dans l'évaluation du risque de liquidité

Le numéro de mai de la revue de la stabilité financière offre un article intéressant sur l'intégration du risque de liquidité dans l'évaluation du risque de marché (La liquidité de marché et sa prise en compte dans l'évaluation des risques). L'intérêt de cet article est dans les pistes qu'il offre à l'inverse pour intégrer le risque de marché dans la mesure du risque de liquidité. Pour se prémunir face à une crise de liquidité (sa " mitigation " diraient les anglo-saxons), les établissements financiers disposent généralement de portefeuilles de titres liquides qui constituent comme autant de trésors de guerre en cas de coup dur. Le besoin de liquidité qui naît de la crise est donc couvert par la liquidation de ces portefeuilles. La Banque de France souligne très justement dans cette étude la difficulté qu'il y aura en cas de crise de liquidité à solder ce portefeuille dans de bonnes conditions. Si la crise est limitée à un établissement, le portefeuille pourra être soldé avec une décote plus ou moins importante qui dépend de ce que le marché est capable d'absorber dans un certain laps de temps. Si la crise de liquidité a un caractère systémique, il est possible que ces portefeuilles ne puissent même pas être liquidés faute de contreparties dans le marché. Dans ce cas, c'est à la banque centrale d'exercer son rôle de dernier recours..

Le livre du mois :

Liquidity Risk : Managing Asset and Funding Risks
De Erik Banks, Palgrave Macmillan, 2005, 215 $, 250 pages

Le risqué de liquidité est le risqué de perte qui provient d'une incapacité à liquider rapidment des actifs ou d'obtenir du financement et ce risqué peut être majeur s'il n'est pas bien considéré ni géré activement. Le manque de liquidité peut conduire à des pertes importantes dans les gestion actif./passif et dans les activités de hors bilan et dans des cas extrêmes il peut déclencher un bouleversement financier et une insolvabilité. Ce livre décrit la nature du risque, les problèmes qui peuvent surgir dans la liquidité des actifs et le financement et décrit les mécanismes qui peuvent être développés pour piloter, mesurer et contrôler de tels risques. Spécialiste du risk management, Erik Banks a été directeur des risques chez Merrill Lynch.

jun 1, 2006



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