Gestion ALM : couvrir les options implicites contenues dans le Bilan bancaire


Gérer le risque de taux ALM, c'est également gérer l'ensemble des options qui sont contenues dans le Bilan de la Banque. Les options explicites les plus connues sont celles qui sont contenues dans les crédits à taux révisable vendus à la clientèle : cap, floor, tunnel. La couverture de ces options peut être faite en achetant des options dans le marché, la difficulté étant à la fois le profil du sous jacent - nous n'avons pas affaire ici à un profil in fine simple - et le fait que les strikes peuvent être différents suivant le niveau de la couverture qui a été souhaité par le client. Pour calibrer la couverture à effectuer, il est donc nécessaire de recourir à des agrégations bien pensées. Si l'on met de côté ces options explicites, le bilan bancaire contient également tout un ensemble d'options implicites dont les options de rembourser par anticipation contenues dans les crédits à taux fixe. Avant d'être couverte par des opérations de marché, ces options doivent être analysés. A cette fin, il est important de mettre en place des bases événements suffisamment riches qui permettent d'analyser la structure du prêt qui a fait l'objet d'un remboursement anticipé et d'en identifier le motif. Pour entamer une modélisation de ces événements, l'historique devra être suffisamment conséquent et intégrer différentes situations de taux. En l'absence de données historiques, une solution consiste à s'appuyer sur les données de marché existantes au travers des FCC à base de crédits hypothécaires à taux fixe. Sur les crédits immobiliers à taux fixe, outre les événements personnels qui constituent une base importante des remboursements anticipés (décès, divorce, déménagement, mutation ou rentrée exceptionnelle de fonds), la partie la plus difficile à modéliser concerne les arbitrages de taux effectués par les clients. Ces événements sont fortement corrélés avec le différentiel de taux entre le taux du prêt consenti et les taux de marché du moment ou encore avec la valeur du prêt. Tout l'exercice de modélisation consistera à évaluer cette sensibilité des clients au différentiel de taux.

La couverture de ces options peut être faite de différentes façons. Une première solution consiste à couvrir en équivalent delta sur la base d'u scénario de taux probable. L'objectif est ici d'évaluer le montant de sous jacent (échéancier de prêts immobilier grignoté des remboursements anticipés) qui doit faire l'objet d'une couverture. Cette modalité de couverture est très usitée par les établissements français mais beaucoup moins par le monde anglo-saxon. L'inconvénient de ce système réside dans la fréquence des recadrages qui sont nécessaires. Sauf à avoir la boule de cristal qui permet d'anticiper le scénario de taux futur, de fréquents réajustements sont nécessaires qui augmentent le coût de la couverture. En effet, si les taux montent, il faut acheter une couverture complémentaire (swaps de couverture payeur taux fixe) et cela coûte cher puisqu'on le fait quand les taux montent. En revanche, si les taux baissent, il faut solder la couverture et là encore la soulte est en défaveur de l'établissement. Sur la durée, le coût de ces réajustements donne une idée de la prime d'option qui est liée à ces remboursements anticipés.

Une autre manière de faire consiste à acheter des options, dans le cas présent des swaptions. Plusieurs types de swaptions peuvent être envisagées. En l'absence de loi de modélisation, on peut envisager l'achat de swaptions de types bermudéennes. Pour minimiser la prime payée, tout l'exercice consistera à réduite l'assiette de cette option en essayant d'évaluer le montant de sous jacent nécessaire. Le désavantage d'une telle solution consiste essentiellement dans son coût mais en l'absence de modélisation, elle permet de mettre en place une couverture solide. Un autre support peut être utilisé qui est l'Index Amortizing Swap. Il s'agit d'un swap à profil in fine ou amortissable (swaps payeur taux fixe) qui offre un sur-amortissement en cas de baisse des taux. C'est l'établissement qui fixe lui-même les strikes et les niveaux de sur-amortissement. Si l'établissement est excédentaire de ressources à taux fixe, le swap sera fait en sens inverse (swaps receveur taux fixe) mais à la place d'un sur-amortissement, on aura affaire à un accroissement du profil du swap. Il s'agit des Index Accreting Swaps. Dans les deux cas, le profil réel du swap est lié par l'évolution des taux. Il n'y a donc pas d'option à la main de la Banque. De ce fait, les niveaux de prime sont plus faibles.

Actualités

Rémunération des dépôts à vue

On attendait beaucoup de l'initiative test des Caisses d'Epargne qui consistait à rémunérer les comptes à vue mais les résultats semblent bien médiocres. Le nombre de comptes ouverts sur des non clients est comparable à celui des réseaux concurrents et n'indique pas de sensibles prises de part de marché. Outre l'aspect communication - promotion d'une image de banque moderne et prenant l'initiative -- la rémunération des comptes répond en fait à un besoin des Caisses de transformer les nombreux livrets en comptes courants. Quant aux entreprises, les trésoriers ne sont pas fortement demandeurs d'une rémunération des comptes courants. Ceux-ci n'ont en effet pas attendu la décision européenne pour gérer leurs excédents de trésorerie. Les systèmes de cash-pooling, de fusion de comptes en capital et de nivellement automatique du compte par achat de sicav de trésorerie leur permettent de gérer leur trésorerie à niveau zéro. En revanche, c'est du côté des IFRS que pourrait venir un incitatif fort à demander une rémunération. En effet interprétée strictement, la norme IAS 7 imposerait de comptabiliser en immobilisations financières les disponibilités placées à plus de 3 mois, ce qui aurait pour conséquence de rendre l'entreprise moins liquide vue de l'extérieur. De ce fait, le dépôt à vue rémunéré redeviendrait de ce fait un produit phare.

Bâle 2 et les activités de marché

Si Bâle 2 est associé aux activités de crédit de la Banque et à la nouveauté que constitue le risque opérationnel, en revanche on ne pense pas spontanément aux activités de marché. Or, il y a un an, le Comité de Bâle a sorti un document qui traite des activités de trading et dans ce cadre un certain nombre de changements sont à prévoir. L'exposition en cas de défaut est redéfini et pourra être calculée par l'établissement sur la base de ses modèles internes. Le Marked to market et add-on pourra donc être remplacé par l'EPE ou exposition positive attendue. L'autre grande réforme concerne la VaR. Pour tenir compte du caractère parfois inadapaté de la loi normale pour décrire des événements extrêmes - La VaR capte mal les phénomènes de distributions leptokurtiques -- il a été décidé de multipier le résultat de la VaR par 3.


Pratique de la lutte antiblanchiment : De l'approche normative à la gestion du risque

de Hervé Landau, Marie-Christine Dupuis-Danon, Raoul d' Estaintot, Jean-François Thony, Jean-Louis Fort, 19 €, 128 pages

Les banques et les institutions financières sont en première ligne dans la lutte contre l'argent criminel et les infrastructures financières du terrorisme international. Cet ouvrage se propose de leur apporter des outils opérationnels afin de les assister dans leur pratique quotidienne de la lutte antiblanchiment. Plutôt qu'une analyse théorique ou des témoignages d'investigation, les auteurs ont choisi de privilégier une approche novatrice et très concrète, axée sur le décryptage des comportements économiques des blanchisseurs. Ce guide méthodologique de la nouvelle lutte antiblanchiment intègre également les dernières avancées résultant de la troisième Directive européenne. Il intéressera donc tout autant banquiers, comptables et financiers d'entreprise qu'étudiants et chercheurs en économie, en gestion, en droit ou en relations internationales. Grâce à l'explication de la nouvelle approche de gestion du " risque blanchiment " que propose la troisième directive européenne actuellement à l'étude, ce livre permettra à l'ensemble des acteurs impliqués dans la banque et la finance, de pratiquer leurs métiers en intégrant sereinement les bonnes pratiques d'une lutte antiblanchiment devenue naturelle et évolutive.

avr 1, 2006



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