Le risque de Liquidité
Si le risque de taux ALM est bien connu des banques, le risque de liquidité l'est parfois moins et cela d'autant plus que pour certaines banques ce risque reste très théorique. Comment peut-on définir le risque de liquidité ? C'est le risque lié à la raréfaction possible de la ressource financière : renchérissement du refinancement bancaire, impossibilité de refinancer le bilan amenant à terme le dépôt de Bilan. L'illiquidité constitue généralement la phase terminale d'une crise dont la cause peut être multiforme (absence de rentabilité, mauvaise gestion de certains risques, etc.). Tout dépôt de bilan se noue au travers d'une crise de liquidité.
La crise de liquidité peut être propre à une entreprise (généralement liée à des difficultés financières) ou être une crise de place (par exemple dans le cas de la crise argentine). A partir du moment où l'on a identifié ce risque, il faut le mesurer, l'anticiper et le gérer.
Quels sont les outils de mesure du risque de liquidité ?
Les premiers à apparaître sont les ratios mis en place par le régulateur. Il s'agit de ratios de structure de Bilan. S'ils sont très rudimentaires, ils constituent déjà autant d'indicateurs du niveau d'excédent de liquidité. C'est tout d'abord le ratio de liquidité à moins d'un mois qui mesure l'excédent de ressources (resp. d'emplois) à un mois par rapport aux emplois (resp aux ressources) à moins d'un moins. Le régulateur demande à ce que les ressources à moins d'un mois soient supérieures aux emplois à moins d'un mois. Le même type de ratio existe également à 5 ans. Le régulateur demande ici que les emplois à plus de cinq ans soient couverts à 60% par des ressources à plus de cinq ans. Si les banques respectent ces ratios, elles ne peuvent en rester là en ce qui concerne leur gestion.
Au-delà de ces indicateurs très simples, d'autres indicateurs peuvent être envisagés. Le premier consiste à regarder la liquidité du Bilan. Pour ce faire, on échéance actifs et passifs et on regarde maturité par maturité si on a un bon équilibre entre actifs et passifs. Cette impasse de liquidité est construite en prenant un certain nombre d'hypothèse sur les crédits (quel niveau de remboursement anticipé ?) mais également sur les passifs sans échéance (on tente ici en fonction de leur stabilité de leur trouver une maturité). Le risque se mesure ici au niveau de transformation souhaité par l'établissement.
Par exemple, financer des crédits 10 ans par des emprunts à 3 mois représente un risque majeur en termes de liquidité. En effet, tous les trois mois, il faut trouver le refinancement et cela pendant 10 ans. En revanche, à l'inverse si on finance des crédits 5 ans par des emprunts 10 ans, le risque d'illiquidité est minime.Pour se fixer des limites en liquidité, il faut donc se fixer un niveau de transformation sur chaque maturité.
Pour compléter cette approche, il faut voir comment se déforme le besoin en liquidité en cas de crise de liquidité de place . Les banques assistent en effet à une multiplication des demandes de lignes hors bilan dont l'objet est de faire face à un besoin de liquidité ponctuel : lignes de back-up demandées par les contreparties, lignes de liquidité des conduits de titrisation. A partir de là, il faut bâtir un scénario de crise en imaginant la part des lignes hors Bilan qui seraient tirées en cas de crise. Cette crise se déroule dans le temps. On peut donc imaginer un scénario de montée en puissance progressive. Face à cette crise, il faut mesurer la capacité de mobilisation des ressources dont on dispose. On mesure ainsi la rapidité de liquéfaction du Bilan. Ainsi, des titres cotés sont immédiatement liquides. D'autres lignes de Bilan pourront être cédés en une semaine car le marché sous jacent est moins liquide. Enfin d'autres lignes nécessiteront plusieurs mois pour être cédées : par exemple des crédits hypothécaires longs que l'on déciderait de titriser, etc. A partir du moment où la capacité de liquéfier chaque ligne de Bilan a été mesurée, une crise de liquidité se mesure dans le temps à la fois par la mobilisation du hors Bilan et par la mise en œuvre de mesures visant à trouver des liquidités du substitution.
Les scénarii de liquidité peuvent être de plusieurs sortes : diminution de la notation de l'établissement, crise de place, crise spécifique du type de celle que l'on a connu après le 11 septembre. Dans le cadre de Bâle 2, le risque de liquidité est traité au titre du Pilier 2. Les établissements doivent mettre en place des scénarii de crise et doivent mesurer l'impact sur la rentabilité et les fonds propres. Il s'agit ici par exemple de voir quel est l'impact en résultat d'un scénario de stress (dégradation de la signature de l'établissement, hausse du coût de refinancement, coût associés à la liquéfaction du bilan, etc.). Le montant de fonds propres ainsi calculé doit être disponible en sus des exigences minimales.
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