Impact Bâle 2 sur la gestion ALM


Si Bâle 2 va révolutionner la gestion du risque de crédit, il ne faut pas non plus négliger ses impacts sur la gestion ALM. A cet égard, Bâle 2 devrait avoir pour effet de muscler les gestions ALM de banque. Pour ce faire une idée des évolutions à venir, il faut lire les deux documents de base en la matière que sont le document consultatif sur les meilleures pratiques en termes de risque de taux (Interest Rate Risk in the Banking Book) ainsi que le pilier 2 du nouvel accord. Si le risque de taux ALM ne fait pas l'objet d'une exigence minimale de fonds propres au titre du pilier 1, c'est parce que le régulateur a constaté une hétérogénéité des systèmes de mesure du risque de taux dans les banques. Ne pouvant imposer aux banques un système de mesure unique, le régulateur s'en remet donc aux modèles internes des banques. Encore faut-il qu'elles en disposent d'un ! On peut donc logiquement imaginer que l'analyse du système de mesure du risque fera désormais l'objet de toutes les diligences du régulateur. D'ores et déjà, le pilier 2 impose la mise en place de scenarii de crise visant à évaluer l'impact sur le niveau des fonds propres d'un scénario catastrophe en matière de risque de taux ALM. De son côté, le document consultatif Interest Rate Risk in the Banking Book donne une graduation des modes de gestion du risqué de taux ALM en allant des pratiques les plus frustes aux plus sophistiquées. Demain, il vaudra donc mieux être dans le haut de l'échelle que dans le bas. Enfin, l'autre point important, c'est l'existence d'une véritable offre progiciel en matière ALM, une offre adaptée de plus aux spécificités françaises. Les banques commencent donc à remplacer leurs développements internes par la mise en place de progiciels. A ce sujet, on peut véritablement parler d'un mouvement de " progicialisation " des gestions ALM de banque.

Demain, une banque sans système de gestion des risques ALM risque de se trouver obligée de se mettre à niveau en investissant dans les aspects systèmes. Le hic réside malgré tout dans le coût des progiciels qui est aujourd'hui encore très important. Pour une banque qui ne peut investir dans un progiciel coûteux mais qui souhaite malgré tout disposer d'un système de gestion, la seule solution réside aujourd'hui dans le développement interne, éventuellement avec aide extérieure. Deux solutions peuvent être envisagées : une solution à base d'outils indépendants et souples, une solution intégrée comportant l'ensemble des fonctionnalités nécessaires à la gestion des risques. L'un des outils envisageables est par exemple un outil de prévision de la marge nette d'intérêt. Pour cela, il faut disposer du bilan échéancé valorisé au taux externe : échéanciers valorisés pour tous les produits échéancés (toujours au taux externe), écoulement conventionnel valorisé au taux externe pour tous les produits non échéancés. A partir de là, si on fait l'hypothèse que l'établissement ne génère plus de production nouvelle, on peut calculer l'échéancement de la marge. Période par période, sur la base des capitaux moyens valorisés à l'actif et au passif, on fait la différence entre intérêts reçus (lignes d'actif) et intérêts à payer (lignes de passif). Cette marge échéancée est malgré tout peu réaliste dans la mesure où l'établissement continue son activité commerciale en produisant de nouveaux actifs et passifs. Pour avoir une prévision de marge plus réaliste, il faut donc intégrer des prévisions de production nouvelle. Pour ce faire, il faut commencer par modéliser la production nouvelle pour tous les produits échéancés : montant, répartition taux fixe/taux révisable, répartition par durée, marge moyenne, etc. Pour les produits non échéancés, il faut modéliser le stock écoulé comme un empilement de productions nouvelle (par ex un stock écoulé linéairement sur 4 ans est représenté par l'empilement de productions nouvelles in fine). Pour les produits non échéancés, il faut ensuite disposer de prévisions d'évolution d'encours. Une fois effectué ce travail de modélisation de la production nouvelle, il faut rajouter mois par mois la production nouvelle sur toutes les lignes de bilan. Cette production nouvelle est cotée à coût de marché en fonction d'un scénario de taux. On obtient donc un Bilan échéancé valorisé intégrant à la fois le stock en vie et la production nouvelle. La marge est alors égale à la différence entre les intérêts reçus et les intérêts payés calculés période par période en faisant le produit entre capitaux moyens et taux externe. Le fixing futur des produits à taux révisable est déduit du scénario de taux utilisé.

En changeant le scénario de taux, on peut analyser la sensibilité de la marge aux variations de taux. Si l'on fait tourner le modèle sur de multiples scenarii de taux, on obtient un indicateur de type Earning at Risk qui peut constituer une exigence de fonds propres au titre du pilier 2.

Stéphen de PETIVILLE, Responsable ALM chez Fortis Banque France

Actualités

Rémunération des dépôts à vue
Le groupe Caisse d'Epargne sera finalement sorti du bois le premier. L'intérêt pour le consommateur de l'offre Caisse d'Epargne est faible car la rémunération est la contrepartie de la souscription d'un forfait payant. C'est ce qui explique que les grands établissements concurrents n'aient pour le moment pas réagi. Toute la profession bancaire a en fait beaucoup à perdre en mettant le doigt dans l'engrenage d'une rémunération significative. A terme, deux scénarii sont envisageables : une rémunération symbolique du type de celle que l'on trouve dans les autres pays européens, une rémunération significative et relativement corrélée avec les taux de marché. C'est le second scénario qui constituerait une catastrophe pour les banques dans la mesure où il modifierait profondément la structure des bilans de banque. Au stade où on en est, c'est encore le premier scénario qui constitue le scénario central.

Bâle 2
En l'état actuel des travaux, les établissements bancaires auront à la fois à faire un reporting consolidé du ratio de solvabilité mais chaque établissement du groupe devra également calculer son ratio de solvabilité en social et le transmettre à son propre régulateur national.


Actualité bancaire
La lettre de la profession bancaire du 30 mars 2005 consacre un gros article à la conformité. Le CCLRF a donné un avis favorable ouvrant la voie à un enrichissement du 97-02 relatif au contrôle interne. L'article rappelle les nouvelles obligations liées à la conformité : meilleur contrôle des activités externalisées, définition du risque de non conformité et obligation pour les banques de mettre en place une fonction conformité (au niveau de chaque établissement), rattachement de cette fonction à la Direction générale.

avr 1, 2005



Page précédente : Actualités finance
Page suivante : Glossaire finance