Analyse de quelques crises de liquidités
Dans le cadre du Pilier 2 de la réforme du ratio de solvabilité, il est désormais demandé aux banques de mettre en place des scénarii de crise pour les risques de crédit, de liquidité et les risques ALM. La mise en place d'un scénario de crise pour le risque de liquidité est un exercice difficile dans la mesure où ce type d'événements est rare. Deux types de scénarii peuvent être envisagés : un scénario de crise de liquidité de place du type de ceux qui ont suivi la crise LTCM ou les événements du 11 septembre 2001 ou un scénario de crise lié à l'établissement lui-même (dégradation subite de la notation, crainte ou rumeur de faillite sur l'établissement, etc.). Nous avons donc sélectionné trois crises de liquidité en vue de les analyser.
La première crise de liquidité est celle qui est liée à la faillite du hedge fund LTCM en 1998. Créé par le trader génial John Meriwether, LTCM réunit tous les ingrédients du succès : équipe composée des meilleurs spécialistes de la finance (comme Myron Scholes et Robert Merton, les pères des modèles les plus connus d'évaluation d'option), confiance des plus grands investisseurs mondiaux (Merrill Lynch, McKinsey, Bear Sterns, Paine Webber, banque d'Italie, la banque japonaise Sumitomo, UBS ou encore la banque de Chine). Chaque investisseur apporte au minimum 10 millions de dollars, qui sont bloqués pendant trois ans, sans avoir le droit de regard sur les transactions de LTCM. Les très bons rendements du fonds (entre 20 et 40% annuels) s'expliquent par le recours à l'effet de levier, c'est-à-dire à l'endettement pour financer les achats d'actifs ou d'options. Grisés par le succès, les associés de LTCM adoptent des positions de plus en plus importantes pour augmenter leur effet de levier sans diminuer pourtant les risques. Fin 1997, ils ont décuplé la mise initiale: de 150 millions. Mais après la crise des pays émergents et de la Russie à la mi-août 1998, les investisseurs fuient vers les titres les plus sûrs, c'est-à-dire les emprunts américains, et abandonnent les titres les plus risqués, dont les cours chutent. De son côté, LTCM a vendu à découvert ses emprunts américains (qui ne cessent d'augmenter) et acheté des titres risqués dont le cours s'effondre. Le fonds ne peut parvenir à liquider ses positions pour faire face aux appels de marge. A la suite de rumeurs de faillite, la Fed finit par rendre visite à LTCM et s'aperçoit de la gravité de la situation. Les positions de LTCM sont nettement plus importantes que ce que le marché imaginait. Une liquidation du hedge fund conduirait à ce que des centaines de milliards de transactions ne trouvent plus de contreparties et causerait plusieurs milliards de perte aux quelques 75 banques qui se sont engagées dans des transactions avec lui. Pour éviter autant de dégâts, la Fed demande aux banques de Wall Street de sauver LTCM. Elles finiront par injecter 3,65 milliards de dollars pour éviter la faillite. La deuxième crise de liquidité est celle qui est liée au 11 septembre 2001. Cette crise naît de la conjonction d'un retournement de marché (la surévaluation du marché devait amener les intervenants à liquider leurs positions) et d'une panne informatique qui produit un blocage dans les systèmes de règlement. Dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre, les risques de règlement et de livraison sur les systèmes de paiement ont été considérables du fait des conséquences financières immédiates de cette tragédie : pannes informatiques, destruction de moyens de télécommunication, pertes de bases de données, délais de mise en oeuvre des sauvegardes, fermeture des bourses américaines... En l'absence de système de paiement et donc de recours à la liquidité, on se trouvait potentiellement en face d'un jeu de domino qui aurait pu amener la faillite de l'ensemble des intervenants du système. A New York le 11 septembre, la suspension immédiate d'une multitude de systèmes informatiques, d'information et de paiement ont contraint certains établissements (banques ou non banques) à ne plus pouvoir assurer leurs règlements, avec une répercussion en chaîne sur leurs créanciers et probablement plusieurs grands acteurs du système interbancaire. Si les banques centrales n'aient pas joué leur rôle de prêteur en dernier ressort, un scénario noir en aurait résulté. En effet, en l'absence de monnaie bancaire, un doute sur la solvabilité d'un agent privé confronté à une obligation de paiement immédiat conduit soit au défaut soit à une vente de titres sur les marchés financiers. Il en est de même pour les banques commerciales en l'absence de monnaie centrale. Une spirale infernale peut se mettre en place très rapidement, combinant krachs sur les marchés financiers, retraits de dépôts, rationnements du crédit bancaire, contagion de faillites... Tous les agents cherchant à rendre leurs actifs liquides, que ce soit des actifs bancaires ou financiers, celle-ci disparaît justement quand un trop grand nombre d'agents souhaitent y trouver refuge simultanément. Le 11 septembre 2001, la disparition immédiate de cette liquidité sur certains segments du système financier risquait de s'étendre à l'ensemble du système, par des canaux de contagion autant mécaniques que psychologiques. C'est l'intervention des banques centrales qui a permis finalement d'éviter la crise systémique.
La crise de liquidité libanaise est typique des crises de pays émergents. Elle naît dans la guerre et se fonde sur un climat de méfiance envers le système financier. Elle se traduit par des retraits massifs aux guichets qui eux-mêmes alimentent un climat de panique propice à la mise en faillite de tout le système financier local. La particularité de la crise libanaise, c'est que celle-ci a été réglée sans intervention de la banque centrale sur la base d'un dialogue entre les banques et les déposants.
Actualités
Calendrier Bâle 2
Les arcanes de l'adoption de la réforme bâloise au niveau européen étant complexes, il est important de rappeler le calendrier Bâle 2 pour les pays européens. Le projet de directive transposant au niveau européen le texte bâlois devrait être lu devant le parlement européen d'ici la fin du premier semestre 2005. Son adoption définitive par le Parlement devrait intervenir à la fin de l'année. Au 31/12/2006 les banques devront effectuer un calcul en double Bâle 1 Bâle 2. Dans un premier temps, les banques pourront fonctionner en IRB fondation mais avec un plafonnement de l'économie égal à 5% de la consommation Bâle 1. Au 31/12/2007, il sera possible de passer en méthode IRB avancé avec un plafonnement de l'économie de fonds propres de 10%. Le plafonnement passera à 20% l'année suivante.
Divers
Le calendrier de cette année est chargé pour les établissements de crédit. Le texte obligeant les établissements de crédit à mettre en place une fonction conformité a été adopté par le CCLRF pour une mise en application début 2006. Les établissements financiers doivent donc nommer un Monsieur "Compliance" d'ici la fin de l'année. Par ailleurs, elles doivent inclure dans leur rapport sur le contrôle interne un chapitre sur le Plan de Continuité d'Activité. A noter que ce plan doit avoir été testé établissement par établissement.
Reporting Européen sur le nouveau ratio de solvabilité
Le Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS) travaille sur un projet de reporting prudentiel commun à l'ensemble des contrôleurs bancaires européen.
Le livre du mois
Richard Mekouar, Catherine Véret
Fonction Risk Manager
Dunod, janvier 2005, 40 €
Premier guide pratique du Risk manager, ce livre offre au lecteur une approche concrète et rationnelle de cette nouvelle fonction désormais incontournable. Ainsi, le Risk manager et tous ceux qui sont concernés par les risques peuvent : comprendre l'importance de la fonction et sa place dans l'entreprise ; identifier les facteurs de réussite de la mise en place de cette fonction ; approfondir la perception des risques et les techniques pour les maîtriser ; apprendre à gérer les événements courants et exceptionnels ; appréhender les éléments clés du Système d'Information de Gestion des Risques (SIGR). Remarquablement complet, cet ouvrage constitue une référence largement attendue par la profession. Catherine Véret. est Risk manager d'un grand groupe bancaire français. Richard Mekouar. Ingénieur ETP centrale Paris, actuaire est directeur au sein d'un grand cabinet de conseil en stratégie et organisation.
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